Lettre d’une confinée,

Lettre d’une confinée,

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Je t’écris cette lettre le matin d’un soir, sans date précise, arrêtée à hier, le lendemain du chaos de la Terre. 

Les pieds sur la table, devant un Netflix que j’ai l’impression d’avoir crée,
Assise devant des livres, avec la conviction que leurs fins m’ont déjà été révélées. 
Serait-il l’heure de prendre le café ou de rêver ? 
L’inactivité me pèse et me stresse, je perds un bout d’imagination à chaque fois que le soleil se lève. 

J’aimerai venir à ta rencontre, laisser la folie m’emporter et arriver à tes côtés. 
Je me serai présentée, comme si on se connaissait déjà, je t’aurai invité à passer un bout de liberté avec moi. 
Je me serai peut-être attarder à te séduire, j’aurai porter une longue robe fleurie,
Histoire qu’en tournant, toutes tes peines se mettent à fuir. 

J’aurai plongé dans ton esprit sans vagues, assoiffée de découvrir en exclusivité d’innombrables informations.
Je t’aurai regardé rire à mes blagues, et de temps en temps aurait accepté quelques uns de tes compliments.
Puis, on aurait discuter sur toute une vie qu’aucune maladie n’aurait gâchée, 
Sur une multitude de projet qui n’attendent qu’à être planifiés. 

J’aurai été distante mais aimante, tu ne m’aurai touché qu’avec l’envie et ton simple regard, 
Il y a certaines choses qui n’éclatent pas encore au premier soir. 
On se serait tout de même enlacés par le biais du vent,
Quelque chose qu’il me tarde à nouveau de ressentir pleinement. 

On aurait caressé la brise d’une plage au ciel sans nuage, 
Profiter d’un soleil d’une grande beauté, qu’aucune lanterne de prisonnier ne peut égaler. 
Et sans bruit, tout doucement, nos mémoires chanteront les refrains d’une vie passée qui rimait avec « hostilité » et « confiné(e) ». 

J’aurai voulu te secourir de la tristesse qui noie la Terre,
Mais alors que l’impureté des mains fait plus peur qu’un fou suicidaire,
Je te fuis. 
Oui je te fuis, pour le bien de ta vie. 
La déchirure de la distance n’aura pas raison du soulagement de te savoir sans souffrance. 

Quelle surprise de ressentir ta présence dans les choses les plus insignifiantes,
Vu qu’au jour inconnu d’aujourd’hui, du destinataire de cette lettre, je n’ai aucune connaissance. 
Je te vois dans mes rêves éveillés, partageant avec moi un repas matinal dont l’appellation m’échappe.
Peut-être « petit-dîner », ou « petit-goûter »… le doute m’accable, passons cette étape. 

Je te reconnais dans les textes que je n’ai même pas encore écrits, et dans les sourires que je n’ai même pas encore produits. 

La nuit se lève encore et les lucioles brillent toujours plus fort, 
J’espère que comme moi, tu les vois nous partager un peu de liberté pour soulager notre pénible sort. 

Quel plaisir de sombrer dans l’abysse de la folie, d’en être même étonnamment lasser de mon tendre lit. 
Mais aujourd’hui, je me suis levée, le matin d’une nuit, avec la ferme envie de t’écrire. 
Voilà à quoi le monde m’a réduite… te transférer mes émotions à travers une simple matière,
Un bout de papier épuisé de ne savoir si, un jour, son contenu ne sera libéré. 

J’ai confiné ce papier, avec mon amour désinfecté et soigneusement enfermé,
Chronométré par la ridicule durée de pause de notre monde affolé. 
Je lui ai livré le fardeau d’un manque aveugle envers une personne inconnue,
La conséquence d’une âme trop seule qui perd sa liberté de vue.

Il me tarde de savoir si, tout comme moi, tu te consumes sous les flammes d’un briquet indissociable du temps, 
Si le silence des rues te paraît aussi bruyant que mon absence,
Et s’il te tarde aussi d’entendre sonner la cloche d’ouverture de la Terre, qui symbolisera notre finale et timide rencontre, la toute première. 

Lorsque le monde sera guéri, je t’offrirai un bout libre de ma vie, 

Signé,
Une confinée qui a tellement de temps qu’elle perd son temps à t’aimer. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. moreira david ulrich

    il te répondra car ta lettre le laisse sans mot

  2. Djato Nimomi David

    Une lettre teintée du rouge vif des pétales de roses de l’amour , ruisselant a la fois joie tristesse, moments idylliques qui semblent être lointains emprisonné dans ce château ou manque le yang à ton Yin….
    Belle plume digne d’un recueil de poèmes…. j’espère qu’il y aura la version en receuil dans un futur proche en librairie….. Vivement la suite

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